13 novembre 2018

ATELIER d'écriture au MUCEM Visite de l'expo Ai Weiwei

Christophe MARTIN inspiré par l'expo du Mucem

 

Laurence et Michel

 

Laurence parcourut l’expo rapidement sans trop s’attarder devant les objets présentés. Michel, lui flâne et devant les deux gros savons posés au sol, Laurence frôle Michel du bras qui essaye de déchiffrer ce qui est écris dessus. Laurence ne s’arrête pas pour s’excuser.

Michel perturbé dans sa lecture, regarde Laurence qui lève les yeux au plafond sur la structure en bois colorée. Michel suit du regard Laurence dans ce qui peut bien l’intéresser dans cette structure gigantesque.

Les couleurs, la forme, les personnages accrochés ? ne trouvant pas, il ose demander à Laurence ce qu’il y a de tant captivant dans ces morceaux de bois multicolores.

-Que regardez-vous en particulier ?

Laurence surprise d’être accostée par un inconnu, elle le regarde du haut de son mètre quatre- vingt.

Que veut-il celui-là ?

Michel est tout penaud devant le silence de Laurence qui de ses yeux bleus, l’observe de haut en bas.

Michel essaye de relancer la conversation.

  • C’est coloré, n’est-ce pas ?

Laurence répond laconiquement.

  • Oui oui

Michel de nouveau engage la discussion en parlant, Laurence devient un peu plus attentive et commence à se poser et à apprécier de rester immobile.

En écoutant avec attention, Laurence est un peu apaisée et la voix de Michel lui enlève son stress envahissant.

Laurence se décide enfin à lui répondre.

  • Effectivement cette composition en bois est magnifique et j’aimerai l’avoir comme pergola sur ma terrasse de ma petite maison.

Michel sourit en entendant cela.

  • Je serais ravi de pouvoir vous construire une réplique de celle-ci et aussi colorée !

  • Pourquoi vous travaillez le bois.

Dit Laurence en pensant que Michel n’avait pas le look d’un travailleur manuel.

Michel en souriant lui montre sa carte de visite.

  • C’est moi l’artiste qui a conçu celle-ci !

 

 

 


16 septembre 2017

La nouvelle

Trois Nouvelles

.
Véronique .Renard - septembre 2017


Marinette

Marinette, poissonnière sur le Vieux-Port de Marseille, attendis, ce matin de septembre, en vain son
mari.
L'étale était vide et les clients nombreux.
Le bateau de Félix fût retrouvé deux jours plus tard, dérivant au large de la Côte Bleue.


Félix


Félix, pêcheur à Marseille depuis 25 ans, une nuit de septembre décida de prendre le large, de
disparaître.
Adieu Marinette, adieu sardines et daurades, Félix veut vivre la vie.
Félix voyage.
Un soleil cuisant déjà haut dans le ciel, le cri d'une mouette, le sable mouillé, froid et râpeux. Félix
étend ses bras, ses jambes, rampe un peu plus haut là où le sable est sec, doux, chaud.
Pourquoi, pourquoi ? j'ai fait ça ? Pourquoi avoir changé de cap à cinq heure du matin ? Avoir tiré
tout droit vers l'ouest ? Avoir suivi le vent ?
J'ai pas réfléchi se dit Félix, j'en ai toujours eu envie mais là c'est sûr j'ai pas réfléchi.
Et puis au large de Sète, j'ai quitté le bateau, le Malo, un beau bateau, j'en ai toujours pris soin, c'est
mon gagne-pain mais aussi mon compagnon de tous les jours depuis 25 ans.
Je le bichonne, je le repeins, je lui parle même : quand le poisson ne vient pas, quand Marinette me
prend la tête.
Oui, je suis descendu, je l'ai laissé, je l'ai laissé dériver, qu'il fasse un peu ce qu'il veut aussi… Avec un
peu de chance on le retrouvera avant qu'il ne se fracasse sur les rochers, sinon tant pis…
La plage est déserte, on est en semaine. J'attends un peu et puis je me lèverai et je marcherai vers le
nord, loin de la mer, du soleil, du sable, des poissons. Tout droit, j'irai vers le ciel gris, la pluie, les
champs de blé.
Marinette était jolie à 20 ans, gaie comme un pinson. Et puis des années ont passé, elle s'est
racornie, renfrognée, pour devenir un reproche permanant. Du matin au soir elle critique, elle râle…
J'en ai marre de Marinette, et je ne veux rien expliquer, ça servirai à quoi ?
Non je vais plutôt marcher vers le nord.
Une sirène, des cris, une voix d'homme : "on l'a retrouvé !!! On l'a retrouvé !!!"
Des mains saisissent le corps de Félix, le hisse sur un brancard.
Une femme se précipite, un pompier la retient : "Attendez Madame, laissez le respirer…"

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18 mai 2017

Atelier au FEMININ : Ode à la Shakti

Retrouver l’énergie vitale du féminin qui nous traverse dans sa vivacité:

Isabelle Duffaud

Pour moi être femme c’est une force éclatante, une puissance,

Qui sépare le ciel et la terre ou l’unit aux étoiles, selon.

C’est un sabre d’or dans la pénombre glauque où pataugent les âmes sans appel.
C’est une trame de beauté dans l’univers, une trace de lumière, une voûte céleste, un rappel.

Elle ne s’oublie pas, non, je crois que je n’aime pas le texte lu, elle est femme et force

et elle l’est vraiment une fois qu’elle le reconnaît elle-même comme tel,

qu’elle se reconnecte à sa force première.

Elle est force, désir, puissance et foi, elle est l’amour…

Puissance infinie qui meut les mondes, engendre les étoiles et les nombres.

Elle se lève telle une aube et se couche tel un soir, drapée dans le parfum des jasmins du temps.
C’est pour ça que déesse oubliée, déesse délaissée, déesse bannie, elle est l’affront des hommes de pouvoir, elle qui est puissance insoumise.
Elle est tout sauf mièvre, elle dont les racines plongent dans les temps immémoriaux, terre mère et fulgurance…

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08 octobre 2016

Ecrire LA LIBERTE

Une expérience: The common people


- Sais-tu ce que j’ai découvert?

- Non?

C’était énorme ce que j’avais à dire, une véritable révolution. Une simple
expérience de quelques minutes sur la scène du Ballet National de Marseille.

Un changement de point de vue, c’était bien le cas de le dire!

- J’ai vraiment découvert que ce qui est essentiel est invisible pour les yeux.

- Ouais! T’es bien gentil… Mais ça je le savais déjà… Tu sais j’ai lu le Petit
Prince: « on ne voit bien qu’avec le coeur » etc.. etc…

- Non, mais tu ne comprends pas, j’ai découvert par… l’expérimentation, que
c’est vrai… vraiment vrai!

- Ok, ok, m’enfin bon c’est vraiment très basique, trop simpliste, ce ne sont que
des mots.

- Mais non! C’est pas que des mots. Si tu regardes avec le coeur, et pas avec les
yeux, tu deviens libre, tu te sens plus léger, tu te débarrasses des préjugés… Un
préjugé, c’est juger avant, avant même de connaitre, tu sais le fameux « l’habit
ne fait pas le moine ».

- Oui! n’empêche que moi, j’ai confiance dans mon jugement, au premier coup
d’oeil je sais si cette nana est digne d’intérêt, ou si ce gars est un type bien ou
pas.

- Mais ce que j’ai découvert, c’est que c’est justement ce jugement qui t’enferme,
si tu regardes avec le coeur, les yeux fermés si je puis dire, tu vas vers l’amour
qui rend libre, et tu ouvres la prison des habitudes.

Mais décidément il ne comprenait pas… Enfermé dans ses certitudes.

- Tu vois, je ne vois vraiment pas ce que tu veux dire.

Et c’était bien là le problème, ses yeux ouverts l’empêchaient de voir…

                                                                                    FREDERIC P.

19 septembre 2016

Stage YOGA ECRITURE

 

 LE SOUFFLE CREATEUR A LA POINTE DE NOS STYLOS

 

IMG_6008        Claire. M

 

'' Notre vie est ce qu'en font nos pensées''

Enfin loin, loin de ce quotidien trop dense, je peux lâcher et me laisser porter par ce paysage grandiose. Malgré le sac à dos je me sens légère, les tensions s'envolent et je suis fascinée par l'immensité. Le regard n'a plus de limite, derrière cette plaine encore une autre, peut être encore plus grande et derrière elle encore et encore des espaces qui nous tendent les bras.

En longeant un petit ruisseau les émotions me submergent. Le calme juste le bruit de l'eau cristalline, sensation d'apaisement qui permet aux émotions de trouver le chemin. Le vent doux comme une caresse révèle les contours de ce corps si souvent ignoré.

Qu'il est bon de se retrouver dans ces espaces vierges où la trace de l'homme est infime.

Le sol vibre, bruits de sabots. Le regard découvre au loin des centaines de chevaux qui crinière au vent , galopent vers le point d'eau. Spectacle grandiose, que c'est beau tous ces chevaux aux robes aux tons harmonieux qui luisent dans les rayons du soleil. Une énergie puissante s'en dégage. Ils sont libres et parcours la steppe sans entraves.

Au milieu de ces espaces je me sens si bien....

 

 

 

Difficile de ne plus chercher à tout maitriser. Comment faire pour accepter ce qui arrive sans se poser de

questions ?

Devant la feuille je regarde rêveuse l'enchevêtrement de lettres qui forment des mots, mots qui vont donner naissance à des phrases d'où va naitre le sens.

Je reste immobile.

Je n'ose pas assembler ces mots pour en comprendre le sens. Je suis encore sous le choc de cette création qui m'échappe, je ne maitrise plus rien.

Je regarde dehors la nuit enveloppe tout, seul des ombres laissent imaginer la présence des arbres. Je jette un regard furtif sur la feuille, hésite, puis enfin me décide.

Prenant une grande inspiration je lis '' croire en demain''

 

MIREILLE. R.P

La Garonne         Toulouse            Septembre 2016-09-20

J’ai marché le long de la Garonne

Un moment de grâce,de légèreté ,une fugue …

Une solitude

Une solitude pleine, heureuse

Je marche à mon pas, dans un silence plein

Les autres ne sont pas loin, si je veux ,seulement si je veux les convoquer

 

Le fleuve est lent , lumineux , grave

Il me rappelle que je suis déjà venue , que je suis la même et tout à fait une autre

Comme lui

Il passe , l’eau coule ,ne retournera jamais à la montagne mère ,ne repartira jamais en arrièrre

Mais il est là dans cet instant unique et fugace

Il me murmure ..

Non c’est un fleuve espagnol !!! il en a la fureur , l’embardée

Ou alors c’est moi qui lui confie mes colères , mes peurs , ma lourdeur …

Il est capable de tenir …c’est curieux il avance fluide et en même temps il tient quelque chose de moi , des souvenirs ,des images ,mais surtout cet instant

 

Plus tard je rentrerai dans une église qui est là sur le chemin du fleuve

Une multitude de bougies, une vierge noire

Et des parcelles de vie racontées sur des plaques de marbre,des dates , des noms ,des merci

On pourrait les mettre bout à bout pour un grand roman d’une vie de merci ,d’une vie réparée, cabossée , repartie..

Où sont ils ?

Reviennent ils ? ceux qui ont fait le pari qu’il y aurait un après , qu’il n’était pas trop tard

La vierge est noire

L’enfant est noir

Ils se ressemblent , ils se tiennent l’un l’autre , l’un à l’autre , l’un par l’autre

Je ne sais pas

Je reviendrai

Ils seront là

Je serai là

Et le fleuve….

___________________________________________________________________________

 

Quelques fragments de souffleeeeeeee

 

CLAIRE. M

  • C'était hier le jour de ta naissance, aujourd'hui deux bougies trônent sur ton gâteau, ton souffle léger fait vaciller les flammes et nous enveloppe dans une atmosphère sucrée.

 

  • La mer est calme, immensité apaisante, une légère pression de ta main dans la mienne, souffle de vie.

 

  • Seule sur la terrasse je jouis avec plaisir de cet instant de calme, rien ne me retient, je rêve, le souffle de ta respiration dans mon cou me rappelle au présent.

 

  • L'enfant l'air sérieux, assis à coté de son père semble lire le journal. Le souffle léger du vent fait voler les feuilles si difficilement tenues. Dans un éclat de rire l'enfant se tourne vers son père.

 

 

 MIREILLE. R.P

 

Quand Lulu n’est pas contente elle souffle

 

Et elle souffle souvent , comme un petit cheval

 

Comme si elle n’avait pas les mots pour le dire

 

Où qu’elle pensait qu,on ne l’écouterait pas

 

Ou qu’on lui dirait : tu n’es jamais contente

 

Alors elle souffle jusqu’au jour où elle trouvera son souffle


26 février 2016

L'instantané du moment présent, Auroville, Inde

Une première rencontre
Une des cinq habituelles capsules vert tendre remplie de sa multitude de graines noires flottait ce matin, telle une bouée dans ma tasse, à la surface du liquide corsé qui quotidiennement coulait dans ma gorge et me réveillait d'un frisson de bonheur et de chaleur.
Toutes ensemble, elles attérissaient rituellement sur le fond en verre de la thermos en plastique grise après s'être laissées déchirées par mes incisives.
Une quinzaine de minutes leur suffisait pour infuser leur saveur singulière, discrète et suave à ce breuvage brûlant.
De temps en temps ma petite cuillère encore imbibée de miel la récupérait en la serrant contre la paroi et elle glissait au centre de sa concavité.
De nouveau dans ma bouche, je la mâchouillais allègrement pour en extraire la légère amertume de son suc jusqu'à ce que plus rien n'existe.
Ma première rencontre avec la cardamome date d'un voyage en Jordanie, le boutiquier de l'échoppe nous avait servi dans une petite tasse blanche sertie de métal argenté un café parfumé étonnant.
Cet engramme réveillait peut être en moi une habitude orientale inscrite depuis plusieurs vies
Sylvie H.

17 janvier 2016

Bonne année 2016

 

Bonjour et bonne année 2016,

Que la joie inonde ton coeur de bonheur, comme un soleil illumine la part sombre qui voile ton âme créatrice,
Qu'un sourire transforme la face morne de ton quotidien laborieux et parfois humiliant, en une splendide lune, brillant de tous ses feux, passionnés et créateurs.
Que la Lumière t'éclaire de sa puissance éblouissante, qu'elle te révèle à toi-même, comme un écho qui te renvoie ta propre voix pour que mieux tu t'entendes.
Que ton être s'ouvre et s'épanouisse, comme le lotus aux mille pétales d'arc-en-ciel, joyau surgit des boues de la Création même, symbole magique de la transformation intérieure vers ton âme vraie et magnifique.
Que ton coeur, comme un soleil magnifique, incendiant de sa lumière purifiante, brûlant de son Feu Divin, toutes les scories de ton passé obsolète.
Que ta vie soit le vent qui souffle son inspiration, dans les voiles de ton vaisseau de papier, et que les éclats d'écume s'impriment comme des lettres humides sur les pages de ta vie à venir.
Que ta parole soit impeccable, en tous lieux et circonstances, pleine de cette compassion et de cet Amour Inconditionnel, comme un phare puissant, face à la parfois sombre réalité de la vie.
Que la puissance de tes mots, boulerverse le coeur durcit de l'homme, perdu dans les turbulences de sa vie d'esclave moderne.
Que ton regard, comme un faisceau cosmique, perce la carapace de la misère humaine et de la violence quotidienne, pour y voir surgir toutes les beautés de l'âme humaine.
Que l'Amour soit ton guide, en toutes circonstances.
Que l'Amour soit la clé, de celle qui ouvre toutes les portes aux serrures rouillées par la peur et le doute.
Que l'Amour soit ton âme, pour combattre les ennemis de la paix et chasser les fantômes de nos peurs anciennes.
Que ton amour puissant transforme ton passé de misère en compost merveilleux, que tu répandras dans ton jardin d'aujourd'hui pour y voir pousser les fruits de ton futur.
Que l'Amour soit ton guide.
Que l'Amour soit.
Amen et Alleluia

 

                                                          VERONIQUE J.

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14 décembre 2015

Recettes de cuisine sous un autre angle

Claude De Warren

 

Le faisan au cognac

 

Tout son groupe parlementaire était rassemblé. Ils avaient leur tête de raisins secs, celle des mauvais jours. Il leur servit un cognac et les laissa macérer à loisir. La farce avait assez duré. Il avait bien préparé son discours et leur exposa son programme. Il s’agissait de ne plus se faire pigeonner, encore moins d’être les dindons de la farce. Il fallait chauffer l’hémicycle comme personne ne l’avait encore fait. On leur embobinerait la tête et le cœur, on les barderait de propos bien ficelés, pas trop salés, mais pimentés à loisir. Par d’habiles propos, on les laisserait mijoter. Et quand ils seraient cuits à point, il leur servirait l’essence même de son programme : « la recette du faisan au cognac ».

 

 

Vivre sa nostalgie avec un ingrédient

 

La confiture de mûres.

 

C’était toujours à la fin des grandes vacances, une épopée et un record à battre : combien ferait-on de pots de confiture de mûres cette année. Je me piquais au jeu, mais  mes frères, eux, avaient horreur de se faire écorcher par les ronces.

Moi, ce qui me réjouissait par avance, c’était la grande marmite en cuivre qu’on astiquait pour l’occasion, l’odeur des fruits éclatés que l’on pressait dans un grand torchon, et l’écume, surtout l’écume, qu’on étalait encore brûlante sur les tartines. Et pour finir, les pots alignés que l’on contemplait religieusement.

Mais la paraffine que l’on faisait fondre pour en recouvrir les pots était aussi, hélas, le signal de la fin des vacances. J’en aurais presque pleuré. 

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29 novembre 2015

Ecriture dans le voyage

23 octobre 2015

Exercice 1 : Écrire un texte contenant chacun des mots de la liste – Donner un titre.

TERRE ; GALET ; RUBIS ; HORIZON ; COLONNE ; TRAVERSÉE ; COMPAGNON ; PAQUET ; BRISE ; COMTEMPLATION ; MOUVEMENT ; NATURE ; ART ; REMARQUABLE ; ÉTRANGETÉ ; INCONNU ; EXTASE.

 

 Découverte

J'aimerais vous parler d'une aventure remarquable, non pour ce qu'elle comporte d’étrangeté ou d'inconnu, mais parce qu’elle se trouve au point de départ d'une transformation profonde de mon être d'un mouvement irréversible de mon âme.

J'aurais pu choisir de vous raconter cette plage noire où à l'aube d'un jour d'orage, sous un ciel graphité incliné sur une mer terne, je trouvais par milliers, roulant dans le ressac, des éclats de verre polis, compagnons azuréens, émeraude ou rubis de galets ronds et gris bercés par les vagues.

Pourquoi pas vous décrire la traversée du grand sud là où la terre tremble frémissante dans l'horizon, là où le vent soulève des colonnes de sable et vous jette des paquets brûlants dans les yeux, là où la nature impertinente brise les conventions, se moque de l’équilibre, se délecte de barbarisme et d’excès?

Non, pour expliquer ce choc, ce bouleversement, il faut parler de l'art de la contemplation, du voyage intérieur, de la grâce dans l'abandon, de la révélation d'une beauté simple et franche. Dans l'extase que l'on éprouve à accepter ce que l'on ne peut changer et à embrasser ce qui nous aspire à aimer, j'ai réalisé une découverte extraordinaire.

 

 

Exercice 2 : À partir du titre du texte précédent écrire un nouveau texte.

La découverte

Je fis la remarquable découverte à l'heure de la sieste, dans la torpeur des heures chaudes, alors que Phébus au zénith dominait l'horizon. Par l'ouverture d'une porte, j'ai vu Gabrielle nue, assoupie sur le carrelage couleur rubis qui reposait échouée au galet de la chambre en quête d'une fraîcheur élusive. Au corps-à-corps avec la tomette dans la pénombre traversée de colonnes diaphanes montant en rayures moirées jusqu'aux persiennes, elle respirait, soulevant une brise ample qui animait une mèche de ses cheveux retombant dans l'instant lui chatouiller les narines.

Au dessert Gabrielle avait soufflé seize bougies rose et bleue. Des vestiges du gâteau, elle avait pioché des flocons de crème nature qu'elle suçait bruyamment à son index en faisant claquer sa langue. Par gaminerie, elle avait déposé des houppettes de mousse sucrée sur le bout de mon nez qu'elle venait ensuite cueillir en m'embrassant. Cousin timide, cousine espiègle, inséparables compagnons des grandes vacances, nous vivions liés par une complicité ambiguë ; mélange confus fait de niaiserie, d’amitié et d'attraction. Elle découvrait les armes de la séduction et affûtait les couteaux de ses charmes au diamant de ma dévotion. Moi, je mesurais ma valeur au baromètre de ses mouvements d'humeur. L'oncle Georges, tandis qu'il lui servait deux doigts de mousseux, avait déclaré qu'elle était une jeune fille à présent, mais c’était une femme que je voyais à plat ventre en travers de la terre cuite, une femme qui me fascinait et me troublait bel et bien. Arrimé au chambranle, le souffle court, l’œil collé à l'huis, je subissais l'empire d'un besoin exigeant encore qu'incertain. J'endurais les affres d'une douleur sourde, la tyrannie d'un garrot pressant. Malgré l’étrangeté d'une faute dont j'ignorais le sens et en dépit du malaise sournois qui m'habitait, je capitulais et laissais volontiers mon regard clandestin se glisser à la découverte de cette terre inconnue. J'osais, dans l'ombre de mon observatoire, explorer la banquise ardente, déchiffrer cette charade chimérique.

Je fus, ce jour-là, captivé par la contemplation de l'anatomie au féminin. Et je reçus à mon insu, un baptême en coup de poing, un émoi sensuel délicieux, une révélation charnelle d'ordre mystique. Voyeur en herbe je scrutais avec avidité le corps offert de Gabrielle. Je consignais à ma mémoire le grain lisse et tendu de sa peau blanche. L’épiderme parcourut çà et là de frissons à peine perceptibles comme on en voit frémir aux flancs des chevaux. Je constatais le plissement chiffonné de la plante de ses pieds qui me laissa quinaud et le sculpté de ses chevilles fines qui me plaisait autant que la fibre nerveuse de son tendon d'achille. En remontant le fuseau galbé de ses jambes, j'ai pris note d'une petite veine bleue battant dans le creux de son genou alors que sa rotule écrasée de travers sur le sol jouait le déboîtement. Je tremblais en constatant la longueur de ses cuisses effilées et fermes, que, pourtant, je connaissais bien, pour compte de nos baignades à la rivière. Les deux orbes laiteux qui les surplombaient me tinrent en alerte un long moment, mais en vérité, plus que ses fesses, ce sont de petits détails qui aujourd'hui enflamment encore mon souvenir. La pliure divinement anodine là où les cuisses se rattachent au siège, mais aussi et surtout, au-dessus des globes arrondies deux petites dépressions aiguës marquant dans le creux du dos le poinçon d'un orfèvre de génie, créateur de cette œuvre d'art. Enserrant les demi-lunes phosphorescentes des hanches anguleuses et abruptes basculaient vers le sol protégeant un ventre tendre et blanc que j'apercevais de biais. Chaque respiration séparait discrètement l'abdomen de l'argile que le renflement moelleux revenait épouser à chacune des inspirations de Gabrielle.....Au delà des fesses, la taille se resserrait délicieusement pour aussitôt s’évaser vers le plat du dos qu'un remous parcourait quand les côtes roulaient sous la peau. Le haut du dos, les omoplates et le coup se trouvaient dérobés à ma vue par une manne de cheveux noirs, seul perçait un rebondi blanc de peau brillante séparant les boucles épaisses qui cascadaient de part et d'autre de l’épaule isolée. Les bras filiformes et vifs reposaient à plat sur le sol semblant répondre à un ordre : « Mains en l'air ! » Plus loin des poignets délicats rattachaient les membres aux mains que j'avais pour habitude de prendre dans les miennes. Je restais longtemps immobile, statufié dans l'extase qui me consumait. Bien sûr, j’étais secrètement amoureux de Gabrielle, mais soudain je faisais l'apprentissage du désir que j'avais d'elle. Ce trouble, je le savais déjà, annonçais l'aube d'une gêne souterraine qui désormais changerait la candeur de notre entente. Ce jour-là, je faisais prématurément un pas hors de l'enfance, je perdais un peu de mon innocence.

Trois heures tintèrent à l'horloge Empire qui trônait sur la commode comme s'il s’était sagit des trois coups d'un lever de rideau. La belle se mit en mouvement, s’étira comme un chat, se levant d'un mouvement tout aussi félin, elle enfila la robe jaune abandonnée en paquet dans le grand fauteuil. Elle chaussa des espadrilles trouées et sortit vers le parc par la porte-fenêtre. En un coup de baguette magique, et du fait de la familiarité du vêtement et du délié des mouvements, Vénus disparaissait, et c’était ma cousine Gabrielle réapparue que je voyais maintenant s’éloigner dans la lumière aveuglante de l’après-midi...

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22 mars 2015

Atelier d'écriture pour inventer sa ville utopique

Une ville utopique imaginée par des Aurovilliens!

 

Isabelle

Le paradoxe de Sitaphal

Accroché à un arbre, un fruit, grenade, sitaphal. Je m’approche et soudain, je suis dans ce lieu de rencontre destiné à celui qui cherche.

Pas de porte, pas de fenêtre, chacun, en se présentant, accède à cet espace sans limite.

Pour l’explorateur de toujours, ce fruit, cette fleur, cet océan porte la ruche qui l’attend et qu’il invente.

Il l’habite, la pense, la crée.

Son ami est là. Son amour respire.

Le temps papillonne, virevolte, en ces lieux supposés.

Pourquoi le suivre ?

 

Je vais où l’amour me porte.

 

Comment décrire mon rêve, ma vie ?

 

L’ambroisie, la lumière émanent de chaque passant et se partagent.

 

Pourquoi parler, pourquoi penser ? Nos aurores boréales donnent naissance à chaque lieu de vie et de présence.

 

TAJ

Visite à Cybèleville[1]

Depuis le temps que j'essaie, j'ai finalement eu raison de la psyché dans laquelle se reflètent, langoureux comme Morphée, l'arsenal de mes croyances, les divagations de ma pensée et les cachotteries de mon esprit. L’observation assidue de la fixité des idées, du malaise émotionnel et de la futilité des préjugés, me renvoyait sans cesse à un constat cuisant d'échec quant à mes progrès intérieur. Il fallu donc à grand renfort d'introversion impartiale, d’exercices physique et de jeûnes prolongés, opiniâtrement craquer l'immobilisme des habitudes, briser les conventions sectaires, et de mes limites dénoncer les justifications médiocres, pour enfin commencer d'œuvrer au démembrement de ces croyances tenaces qui me voudraient séparé d'avec autrui.

En franchissant ce miroir là j’attendais une révélation inondée de lumière diaphane, de flotter dans un éther mauve et doré, possiblement de produire quelques miracles héroïques, ou pour le moins d'ascensionner à la connaissance. Que nenni ! Me voici désenchanté, déambulant au hasard d'une réalité en tout point uniforme à celle d'où je viens et que j'ai si ardemment désiré quitter. Du pareil au même, kif-kif, copie conforme. Ici le ciel couronne la terre, l'eau coule dans le sens de la pente, le vent soulève la poussière et les feuilles tombent des arbres. J’évolue dans une ville à l'identique, je longe les mêmes bâtiments, je marche dans les mêmes rues, je parle aux mêmes gens. Dans ma maison aussi rien n'a changé. Le lit tendu de draps roses, les manuscrits stoïques qui patientent sur le bureau, la cuisine délicieuse délicatement parfumée. Que ce soit dans l’intensité de l'astre solaire, le cristal de l'air, le spectre des couleurs ou dans le vibrato des sons rien, vraiment rien n'atteste de mon triomphe absolu et irréversible sur l'obscurantisme, ni ne trompette l'aboutissement glorieux de ma conscience transcendantale. Que dalle !

Pourtant il reste indéniable que j'accédais à un nouveau monde. Quand bien même ni l'apparence des lieux ni l'allure des gens n'ont changées, certain détails agaçants ne cessent de piquer ma curiosité. Petit à petit se révèlent à mon regard les aspects de cette réalité banale pourtant altérée. Dans cet univers l'air ondule d'un frisson ténu. Un souffle rare qui accorde la simplicité, à la bienveillance et à la paix. Les gens détendus vaquent à leurs occupations, le cœur revêtu d'une étoffe délicate tissée de douceur, d'assurance et de béatitude circonspecte. Au travers de la gentillesse, de la bonté et de l’hospitalité des citoyens on comprend mieux le climat de dévouement et de don de soi qui a cours à Cybèleville. Au centre de la cité, sur un îlot qu'entoure un lac scintillant, se trouve un sanctuaire magnifique aux dimensions grandioses, de marbre blanc et d'or. Il règne en ce saint des saints une quiétude et une atmosphère de mysticisme glorieux propres aux temples construit par les hommes. Entouré de jardin fabuleux le panthéon reçoit un flot permanent de ceux qui viennent en contrition rendre hommage à Cybèle la déesse mère. Certains adeptes aident spontanément leurs frères et leurs sœurs à comprendre la façon adéquate qu'il convient d'adopter pour approcher le divin. Moi, miné par la déconvenue que la familiarité confer à cette aventure, je redoute en mon for intérieur la possibilité d'une antithèse qui fournirait la preuve amer de ma propre vanité de croire que mon arrivée à Cybèleville cautionne mon agrandissement.

Intrigué par l'atmosphère environnante je m’évertue à deviner par quelle pirouette, dans ce monde calqué sur celui que je connaîs, les affaires des hommes semblent adopter ici la franchise, la chaleur et la délicatesse propre à l'amour. L'adaptation s’avère difficile. J'ai le sentiment que l'harmonie dont je fais le bilan en ces lieux, prends sa source dans les démarches de fond entreprises collectivement, autant que dans la foi cultivée individuellement par les habitants de Cybèleville. Moi élu parmi les élus, ennemi farouche de l'ego, amateur amusé du jeu de Lego, gardien vigilant de la morale moralisante et dépositaire économe du fluide de divinité divine, me voilà confondu par ce que l'ignoramus maximus banal a compris, réalisé ou atteint d’emblée cependant que moi, je délibère ! Il y a erreur, infamie, vice de forme, m'insurge-t-il intérieurement. Je ne perdrais rien pour avoir attendu ! D'une bête pensée, une pensée tout ce qu'il y a de plus ordinaire, voilà que la brume se dissipe et que le mystère se lève. Cette impulsion d’électricité cérébrale m'arrive un matin au réveil. J'ai faim ! Urge-m'en-je d'un ton péremptoire dans ma caboche.

CRACK ! ZIP ! BAM BOUM !

Me voici assis dans mon lit un pti't-déj sur les genoux. Un plateau réglementaire avec orange franchement pressée du carton, œuf a la coque – mollet, pain cramé sur les bords, copeaux de beurre pingre, cubes de confiotes colorisées et E-machinisées, jus de chaussette, et en prime une rose insignifiante vasouillant dans du verre taillé qui voudrait faire croire à son origine Bohêmeland.

Lecteur chéri, voit mon consterne ment sur écran technicolor. Je pense et j’obtiens aussi sec ! Ça fout les jetons ! Plus fort que Jésus, il se servait du verbe, lui. Moi, je n'ai même plus besoin de la voix il suffit que j'évoque ! Tu peux, lectrice idéale, imaginer la fébrilité gambergeante dans laquelle cette découverte m'intergalactise. Supposons que j’adhérasse aux usages de nos frères les mangeurs de graines germées, m'eut-on régalé d'un en-cas certifié bio, cru et verdoyant ? Que je professasse comme paysan cantalien à Martal, un marteau[2] en quelque sorte, aurais-je trouvé du choux farci et de la saucisse truffade dans mon assiette ? Je m'interroge.

Je confesse que la tentation d'employer cette trouvaille égoïstement s'imposa aussitôt à mon esprit et que je ne fis aucun effort pour y résister. Tout, absolument tout, se trouve littéralement à porté d'imagination. Les premiers temps on se fait plaisir avec n'importe quoi. Comme cette fois ou j’eus l’idée de faire du canoë kayak dans les eaux blanches de l’Ariège. Pourquoi pas, si seulement la chimère m'avait prise ailleurs que dans un autobus. Laissez-moi vous dire que les voyageurs ont moyennement apprécié de recevoir des paquets d'eau en pleine poire. Ou encore ce jour là quand faisant la file dans une boulangerie, subjugué par la beauté de la marchande, je ne pouvais me défendre de penser, et les hommes savent de quoi je parle : « je me ferais bien la boulangère moi ! »... Je vous passe les détails.

Comment, lecteur intrépide, qu'ouïs-je ? Tu réclames des détails ! Tu trépignes ! Tu bavotes ! Tu veux la version X ! Soit, je le concède je te dois tout mon crédit, une fière chandelle comme dirait frère Jacques. Dès lors pourquoi devrais-je te priver de tenir celle-ci ? Je reprends donc ; en attendant pour acheter des miches je reluquais celles de la belle ouvrière en pensant : « je me ferais bien la... » Oh et puis non ! Je vais quand même ne pas me laisser tyranniser par des inconnus sous prétexte qu’ils ont déboursé quelques malheureuses piécettes pour l’avantage de l’œuvre incommensurable présente ci-devant. Je soupçonne même certain d'entre vous d'avoir obtenu cette copie chez un complice. Même pas que vous régalez Saint Copyright, vilains filous. Alors pas de grivoiserie pour le petit lecteur coquin. Tu sais, au cas que tu nécessiterais, internet regorge de polissonneries gratos !

Revenons à nos moutons. Cette télépathie créatrice comporte des côtés moins reluisants – pour ainsi dire. Des enfants impitoyables s'amusent pendant des heures à tirailler maîtres et chiens dans des directions opposées. Certains diables déplacent les crottes fraîches sous les chaussures des passants d'autres, plus méchants, créent des carambolages de piétons. À maintes occasions je me trouvais moi-même le dindon de leurs farces. Mais comme à l'habitude avec les innovations, l'ardeur finit par diminuer avec le temps. Une fois passé la primeur de faire ses emplettes sans bouger de chez soi, de passer en tête de file à la banque, de ne jamais tomber en panne d'essence, de manger ce que l'on veut quand on le veut sans prendre de poids ni en perdre, de faire son ménage à une vitesse qui ferait pâlir Mary Poppins, de faire briller le soleil ou tomber la pluie, de changer la carnation des fleurs, de faire japper les chats et feuler les chiens, de chanter comme Pavaruso, de peindre comme Picanoir et de jouer la comédie comme Alich Caprisse, et bien quand cette effervescence retombe on se trouve habité par un appétit aiguisé d'un commerce idéaliste avec le privilège de façonner l’existence.

De surcroît l'abus de nombrilisme autolâtre affaiblit beaucoup les effets de cette bénédiction. S'il est devenu un jeu d'enfant de modifier la couleur de l’océan, je constate que je n'obtiens que très rarement le bleu recherché. Satisfaire mon besoin affectif, fastoche me direz-vous, mais il faut bien se rendre a l’évidence que ma femme et mes enfants expriment leur amour d'une manière rabâchée qui me satisfait de moins en moins. Si je peux aisément donner forme aux fantasmes et aux désirs impérialistes que je projette sur des créatures de rêve, et si les ébats amoureux qui en résultent ont effectivement les feux de la passion et de l'extase cependant l’amour, lui, fait la planche à repasser. L'opulence matérielle se joue sur le bout de mes ambitions. Mais changer dix fois de voiture en une semaine et instantanément piloter la flotte de jets supersoniques dont je dispose, cela tourne rapidement à l'indigestion consommatrice et à l’asphyxie du caractère. Quel ennui !

Pour faire florès, je découvre la nécessité d'adopter dans ma pensée la sincérité et la franchise alignées avec les flux de l'abondance et du mérite. Assurément, la clé du succès se trouve dans l’élévation de l'intention. Je dois poursuivre la compréhension du phénomène, tout en m'astreignant à l’étude critique des motivations sous-jacentes à mes desseins. Je me trouve donc, par la force des choses, reconnecté à l’aspiration altruiste qui fait vibrer le cœur de tous les hommes. Décidément la nature, spirituelle, connaît bien son affaire ! Une interrogation audacieuse affleure dès lors à mon esprit. Ne devrais-je pas ; plutôt que de m’abîmer en des poursuites creuses et exclusives, consacrer ma force d’âme à l’adoucissement des maux de l’humanité et à l’avènement du sublime sur terre ?

J'ai sérieusement et longuement méditer au sujet de cette proposition. Les points chaux ne manquent pas. Répartition inégale des richesses, famine, guerre fratricide, torture, lâcheté, abus de pouvoir endémique, exploitation de l’homme par l’homme, trafic d’êtres humains, racisme, servitude féminine, infanticide, excision, commerce sexuel, apartheid sensuel, avilissement des peuples aborigènes, pogroms, génocides, frontières crées par des politiques imbéciles, alcoolisme, violence domestique, viol de complaisance, hébétude narcotique et j'en passe... Il reste les autres grands sujets : l'exploitation de la nature, la pollution, la destruction des forêts, l'agriculture chimique, la progression des déserts, la fonte des glaces, la montée des eaux, le manque d'eau, l'effet de serre, la destruction des fonds sous marins et je ne parle pas du traitement réservé aux animaux, aux plantes et aux minéraux... Comme dirait l'autre, y'a du boulot ! Les impératifs m’assiègent, l'urgence m'afflige, l'amertume me gagne, le doute m'envahit. Par où commencer ? Je pantoise rudement... Au final, l’âme enjoint à l'action pour le bien de tous.

À Cybèleville, univers bienheureux sur lequel les tracas du monde n'ont pas prise, les cybilains[3] se félicitent chaque jour de la dérogation dont ils font l'objet. Jamais, vous ne croiserez sur les chemins ombragés de cette utopie, un seul être s’employant aux barbaries qui paraissent amuser le reste du monde. Architectes des certitudes, les cybilains érigent au quotidien les règles et les préceptes de l’excellence morale qui établit la preuve de la présence divine qui les habite et qu'ils adorent. Comment servir ceux qui manifestent toutes les choses par miracle, et qui de surcroît, commandent à la bienveillance exclusive de Cybèle, la mère des mères ? Je cherche ardemment l’idée géniale qui m'autorisera de prétendre à l’absolu, mais voilà qu'une hypothèse osée tambourine à l'huis de ma jugeote. Si les cybilains n'ont aucune soif pour connecter avec leur alter ego,  raisonne-je, par quel orgueil devrais-je cautionner ou adopter leurs prémices pour affecter avec eux l'aboutissement du Grand Œuvre ? Je coquerique saluant cette nouvelle clarté. Le cœur ne réverbère-t-il pas du chant d’amitié, de pureté et de fraternité orchestré et dirigé au dedans ? Tintinnabulent mes méninges. Quel vacarme ! Le bourdon ronfle, la cloche carillonne. À cette heure je claironne : un travail vibrant et profond se forgera dans le feu de la détermination. Assourdissant, le marteau de l'authenticité frappe sur l'enclume de l'exigence. Il me faut donc pardonner à mes propres limites, choisir de gommer les conditionnements et armer le bras qui sabrera les status Quo auxquels je sers obstinément de caisse de résonance. Cet appel vibrant et pressant sonnaille affolé au tympan de ma conscience.

En un sursaut éperdu me voici, les yeux grands ouverts, lové dans la douceur des corps complices au creux de mon lit tendu de draps roses. J’abats ma main sur le réveil matin qui hurle d'une alarme désobligeante. Il me faut cinq bonnes minutes de bullage cotonneux pour totalement revenir à la présence de la pièce et de mon corps. Les rêves les plus nobles aussi ont une fin. Je titube groggy jusqu'à la salle d'eau pour mes ablutions et là dans la lumière crue du plafonnier je croise mon reflet, de l'autre coté du miroir, qui m'observe d'un air sibyllin.



[1] Cybèle, déesse mère des dieux dans la mythologie grecque – d'origine phrygienne.

[2]En vérité les martois habitent Martal.

[3]Habitants de Cybèleville

 

A bientôt,… je prends le prochain arc-en-ciel.

Auroville, 21 mars 2015

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