Des images de l'encens et une musique envoutante pour cet atelier spécial Inde

 

 Z’Oiseau commença une prière compliquée en tamoul qu’il me demanda de répéter après lui. Je trébuchais sur les mots, me perdais dans l’entrelac des phrases, terrorisé à l’idée d’offenser nos dieux.

Ici Mariamen, la déesse mère, au centre de l’autel, environnée de lampes qui luisaient dans la semi-obscurité, là Aiyanar Sasta, sur son cheval, brandissant son sabre vengeur, plus loin Kannavédi au faciès d’éléphant et Katavarayen, tous peints en jaune, hormis le blanc Aiyanar Sasta.

“Ils sont fâchés contre nous… murmura Z’Oiseau, alors, il faut sans cesse les apaiser, sinon…”

“Pourquoi les dieux sont-ils fâchés contre nous ? fis-je, rassemblant tout mon courage.

- Ce serait trop long à expliquer. Une autre fois ! Enfin, si tu veux vraiment savoir… eh ben...................A vous de poursuivre

He ben!
He ben! Je n’en sais rien.
Sont-ils fâchés contre les animaux? Je ne crois pas. L’éléphant et le buffle peuvent bien se rouler
dans les eaux sacrées des fleuves de montagne, les singes et les lézards batifoler sur les ruines des
temples dans la jungle. Point de colères des dieux.
Sont-ils fâchés contre les arbres et les fleures? Ho! que non. Le lotus au grès du courant dérive
doucement, le cocotier et l’hibiscus se balancent innocents au souffle du vent. Les dieux sont
bienveillants.
Sont-ils fâchés contre les pierres? Nullement. Les mille cailloux du chemins guettent chaque pas du
voyageur, les vagues outre-mer roulent le galet blanc et le sable doré, et les pierres précieuses
reflètent à l’infini la lumière des astres du jour et de la nuit, et je vois les dieux sourire.
Les dieux ne sont pas fâchés contre nous, pourquoi le seraient-ils?
Les pierres servent à construire des temples, à sculpter des images, à orner des sanctuaires. Les
fleurs et les feuilles décorent l’entrée des lieux sacrés, qui sont gardés par tout un panthéon
d’animaux.
Alors tout est bien, je peux sourire, la voie est là devant moi, les dieux ne sont pas fâchés, puisque
je suis à ma juste place, tout comme l’éléphant, le lotus et le cristal, et les dieux eux-même à leurs
places.
Godestrum, godestrum, godestrum... ad libitum.

Frédéric

 

 

           Une volute bleutée m'empêchait de voir nettement la jeune femme au sari jaune safran assise devant moi. Une musique lancinante me transperçait le corps transformant mes organes en caisse de résonance. Quelques paillettes voletaient dans l'air saturé d'encens.
Pourquoi Banou avait-elle été si jolie que Katavarayen, le dieu des moissons en était tombé follement amoureux ? Ayamas Sasta n'avait pas supporté qu'un Dieu puisse tomber amoureux d'une mortelle et avait engagé un combat incessant contre Katavarayen, ne réussissant qu'à envenimer la situation et à semer la zizanie car les Dieux lassés de ce combat qui durait depuis des années prirent partie pour l'un ou l'autre et s'engagèrent dans la bataille. Le domaine paisible des immortels se transforma en champs de bataille monstrueux qui donna aux humains un spectacle déplorable de la conduite des Dieux.

Banou, jeune fille fraîche et radieuse se fana au fil des ans. Elle avait accepté de rester libre pour un immortel et l'attente lui devenait insupportable. Des rides se creusèrent avec le temps, ses yeux perdirent leur éclat joyeux. La solitude lui pesait, elle désirait tellement une famille. Les Dieux se battaient encore et encore loin de la réalité de sa vie d'esseulée. Sa voisine aussi dévastée qu'elle car elle venait de perdre son mari construisit son bûchée de veuve. Banou la rejoignit alors que le village était réni pour allumer les premières brindilles. Elle attrapa la main de la veuve pour se donner du courage et elles s'élancèrent d'un seul élan aux milieux des flammes.

L'annonce de la mort de Banou arrêta net les combats des Dieux qui se sentirent peu respecter par une humaine qui avait eu l'audace de contrer le désir de l'un des leurs, leur colère gronda et gronde encore.

F.