"....en me remplissant d'une essence: ou plutôt cette essence n'était pas en moi, elle était moi."

Elle, la centenaire, l'aïeule, la déclinante, l'ascendante, avait un regard vif.

Ses yeux semblaient être deux puits illuminés.

On pouvait choisir de s'arrêter à leur éclat.

Sinon, on pouvait plonger dans leur profondeur. Ce qui se passait alors, n'est certainement pas de l'ordre du transmissible. Mais je voudrais en parler, cerner l'émotion ressentie.

Un regard, comme un forage du dedans.

Un regard aux innombrables strates .

 

Elle, la toute frêle, la toute ridée, l'ancienne, ...  Son regard est voyage sédentaire.

Que racontent ses yeux, braises vivantes? Ils nous content la terre, la terre enfouie, la terre aïeule.

La sueur-courage, les deux guerres traversées, les bouleversements du monde.

Chaque naissance et chaque deuil.

Regard-grand âge, aux longues racines. Pépites de malice.

1899-1999! Un siècle vécu! Rien ne vacille!

Qu'a t-elle tissé, la vieille, de ses brindilles rescapées?

Qu'a t-elle rassemblé de ses nids démolis?

Qu'a t-elle tenu, serré contre elle, pour ne jamais oublier?

 

Elle nous regarde: ses yeux, deux petites fenêtres éclairées par son âme.

Des portes où l'on se reconnaît, miroirs au tain ancien.

Des lumières qui racontent; qui se taisent.

Visage tout ridé, tout fripé, comme une pomme oubliée, retrouvée.

 

Elle regarde, l'aïeule centenaire,

inlassable!

Encore à l'ouvrage, ses mains crochètent ou tricotent.

Elle entremêle les fils colorés et,

elle brode l'in-fini de sa vie incroyable.

                                                                                                                     Sabine Rimaud